La cargaison

En plus d'une séries de bols (plus de 2.000 pièces - en cours de classement) issus des fours du nord du pays, un nombre très réduit de pièces de grande qualité évoquant clairement la céramique Liao (907 – 1125) de la seconde moitié du 10e siècle a également été retrouvé parmi la cargaison. Réalisées dans une pâte rougeâtre (à glaçure plombifère) ou blanchâtre (à glaçure plombifère ou glaçure blanche sur un éventuel engobe), ces pièces illustrent parfaitement les choix esthétiques de cette dynastie d’origine Qidan qui régna sur le nord et le nord-est de la Chine à la suite des Tang. Les pièces de ce type sont naturellement bien plus rares dans les sites archéologiques de l’Archipel que celles issues des fours du Zhejiang ou du Guangdong.

Trois verseuses à pâte rougeâtre faisaient partie de la cargaison. La première, dont le corps globulaire est légèrement pincé en lobes, porte un décor appliqué de cercles et de palmettes. Son bec verseur est court et oblique, son anse verticale rubanée est cassée. Un couvercle aujourd’hui disparu devait la compléter. Des traces infimes de glaçure brune (peut-être posée sur engobe blanc) subsistent sur sa panse Une seconde verseuse globulaire à corps lobé est munie d’une anse verticale placée perpendiculairement à l’axe du bec verseur. Enfin, la plus petite verseuse est un modèle hérité des Tang, en forme de double gourde hulu, à base plate, dont l’anse et le bec sont cassés. Les glaçures ont disparu.

Trois bols à large ouverture, munis de deux anses en boudin rapportées et dont la paroi est décorée de petits cercles en relief rappellent, en plus simple, le style du décor appliqué d’une des verseuses.

Une unique gourde en forme d’outre à décor en relief représente le stade initial d’un des modèles favoris des Liao, qui évoluera jusqu’au 12e siècle dans les ateliers du nord du pays.

Les deux récipients zoomorphes retrouvés ont un modelé d’une vigueur exceptionnelle. La perte quasi-totale de leur glaçure permet de juger la couleur de leur pâte, mais les photos sur lesquelles nous travaillons ne permettent pas de définir avec certitude leur type de glaçure.

La verseuse en forme de perroquet (pâte rougeâtre) perché dans une attitude de repos, le bec entrouvert, les ailes pendantes, sur un socle annulaire à deux niveaux, fut découverte au cours d’une des toutes dernières plongées. Sur le dos de l’oiseau se trouve un tube destiné au remplissage du récipient ; une anse verticale, aujourd’hui cassée, s’y rattachait. Certains détails du plumage sont représentés par des traits incisés. La collection Meiyintang compte une verseuse de ce type, à glaçures verte et brune.

Une grande rigueur, un sens admirable de la synthèse des formes ont présidé au façonnage de la boîte en forme de biche ( ?) couchée, pattes repliées sous elle, encolure retournée, réalisée dans une pâte blanchâtre. Les oreilles allongées sont plaquées, les yeux globuleux en net relief ; le sommet du crâne s’orne d’un motif qui pourrait être fleur ou champignon.

Deux oreillers rectangulaires moulés, au décor identique de daim couché et de motifs floraux, ont également été retrouvés. Ils font partie des productions les plus caractéristiques des fours Liao. L’un est réalisé dans une pâte rougeâtre et semble avoir été revêtu d’une glaçure plombifère ; l’autre (fragmentaire) semble revêtu d’un engobe blanc destiné à éclaircir la pâte colorée.

Quatre bouteilles piriformes à long col et ouverture en forme de coupe, en porcelaine blanche revêtue d’une couverte blanche, d’une qualité exceptionnelle, figuraient également dans la cargaison. L’une d’entre elles (A 10 944), dont la pâte est plus blanche, l’épaule plus arrondie et le col plus court pourrait provenir d’un four du Hebei, alors que les trois autres bouteilles pourraient être des productions des fours du Liaoning. Leur pâte semble légèrement plus colorée ; leur col est plus haut et on y voit des lignes incisées régulièrement espacées. D’autres lignes visibles sur la panse pourraient correspondre à la jonction des deux parties de la panse lors de la fabrication.