La cargaison

Quatorze lingots d’argent ont été retrouvés dans la cargaison du Cirebon. Certains étaient isolés en périphérie du tumulus, d’autres étaient rassemblés par groupes de deux ou quatre plus près de l’épave elle-même ; tous étaient dispersés parmi la cargaison de céramique chinoise issue des fours du sud-est du pays. Onze lingots rectangulaires aux extrémités élargies et arrondies et aux dimensions maximales de +/- 18 cm x 8 cm x 2, 5 cm (type I) se trouvaient à une hauteur de 50 cm du sol marin.

 

Trois lingots de forme différente, rectangulaires aux coins repliés et aux dimensions maximales de 16 x 12 cm (type II), ont été découverts plus haut, à une hauteur de 1m, dans l’épave au cœur même du tumulus.

Des lingots similaires à ceux du type II du Cirebon figuraient aussi, en nombre beaucoup plus important (80 ont été repêchés durant la fouille – 14 autres sont connus par ailleurs), dans la cargaison d’Intan, leur longueur variant entre 10, 3 cm et 14, 5 cm. Leur forme particulière aux bords repliés provient, selon M. Flecker, de leur mode de fabrication : coulés dans des moules individuels univalves, ils pouvaient présenter un excédent de métal qui, une fois refroidi, était replié comme une feuille sur le corps du lingot.

Les dimensions de ces quatorze lingots ne sont pas identiques, ni par conséquent leur poids (variant entre 428 gr pour le plus petit lingot et 2 419 gr pour le plus gros). Les lingots d’argent d’Intan portent une inscription en caractères chinois, qui mentionne leur poids garanti, ce qui ne semble pas être le cas de ceux du Cirebon : on se trouve donc sans doute ici devant un simple conditionnement de matière première. La Chine pourrait-elle néanmoins apparaître comme lieu de provenance de certains de ces lingots ? On sait qu’à partir de la fin du 8e siècle et surtout au 9e siècle, la production d’argent centrée sur les mines du Fujian, Zhejiang, sud Jiangxi et du Hunan, a connu un véritable boom. L’émission de lingots d’argent par des banques privées et des établissements de change était courante. Ces lingots portaient la mention de leur poids garanti en liang, une estampille qui les fit apprécier des marchands dès le 10e siècle et pour longtemps, non seulement pour les transactions commerciales effectuées à l’intérieur du pays mais aussi dans le Sud-Est asiatique continental et insulaire.

Deux échantillons de lingots du type I analysés au Laboratoire d’Archéométrie de l’Université de Liège (PIXE) sont constitués d’argent entre 870 et 900 millièmes – allié à de l’or (> 2 %), du cuivre en proportions très variables et du plomb en proportion de 0, 4 % et 1, 3 %.

 

Lien vers les différents lingots